Une comédie sur Monsanto à la sauce dell'Arte

Hier sur Arte,  "le Monde selon Monsanto" a réalisé plus "6,5 points de part de marché" (sic), un record pour la chaîne Arte, qui a diffusé ce documentaire de désinformation scientifique. Marie-Monique Robin, la journaliste à l'origine de ce film, affirme également qu'elle a déjà vendu 20000 exemplaires de son livre et reçu 400 commandes de son DVD. Si cela continue, elle risque de dépasser le chiffre d'affaire de la "multinationale" qu'elle prend pour cible. Nous la mettons en garde, un confrère mal intentionné risquerait un jour de faire un reportage sur "cette journaliste qui s'est enrichie en agitant le spectre de la multinationale malfaisante pour faire peur à son public".
En faisant de la provocation de la sorte, je vous invite spontanément à prendre votre téléphone et à appeler Marie-Monique Robin, qui a prévenu sur son blog: "J'appelle tous les lecteurs volontaires de ce blog à exercer leur vigilance en me signalant tout papier sur Internet qui pourrait s'apparenter à du "marketing viral" destiné à jeter le trouble sur la validité de mon enquête."
Mais avant, vous avez sans doute mieux à faire: à commencer par vous plonger dans l'analyse détaillée de ce qu'elle affirme sur les OGM par l'AFIS,.
Ensuite, pour un travail approfondi, je me permettrai de vous renvoyer à mon ouvrage, où vous trouverez, par avance, une critique de toutes les inepties sur les OGM qui se trouvent dans ce film : entre-autre une étude approfondie de l'affaire Pusztaï et une analyse épistémologique du principe d'équivalence en substance, principe que Marie-Monique Robin n'a visiblement pas compris ! Vous y trouverez également, une analyse des stratégies de communication des firmes Monsanto et de l'ONG Greenpeace. Je démontre comment l'arrivée des PGM a été vue par Monsanto comme une occasion de se reconvertir en passant de la chimie industrielle à l'agrofourniture, donc d'évoluer vers une agriculture plus propre. On signalera d'ailleurs que l'artisan de cette reconversion, Bob Shapiro, était friand d'écologie et qu'il voyait dans ces nouvelles technologies l'occasion de continuer à produire de manière intensive et durable. Il suffit de se reporter à la charte établie par Monsanto en 1990 (« réduction du gaspillage, opérations sanitaires, agriculture durable, attention portée à l’eau du sol, ouverture vers la société civile, optimisation de la profitabilité de la nature, nouvelles technologies. »). Difficile de penser qu'à l'époque, il s'agissait d'une stratégie de communication quand on sait que le groupe n'avait pas vraiment de problème avec les ONG comme il en a aujourd'hui et que surtout, il ne communiquait jamais vers les consommateurs.
De toute évidence, ce documentaire se situe dans le cadre de la polémique publique (à distinguer de la controverse scientifique). Le seul intérêt de ce reportage: il obligera sans doute la firme à renforcer  davantage ces process de qualité et à mieux communiquer sur son activité à destination du grand public. Son principal inconvénient: une fois de plus, propager des rumeurs et des contre-vérités sur les OGM et, au final, faire que l'ignorance et l'obscurantisme scientifique règnent sans partage dans notre société.

Président Greenpeace

Cette année pour les élections, c'est Greenpeace qui choisit le président. Pour être élu, il suffit d'une seule mesure : imposer un moratoire contre les OGM. Tout candidat qui n'aurait pas prévu cette mesure dans son programme se verrait immédiatement recalé. Pis, il serait l'objet d'une campagne de publicité outrancière et subirait les foudres des militants de l'association. C'est ainsi que Nicolas Sarkozy, seul candidat à ne pas s'être prononcé sur la question du moratoire, a eu droit à une benne complète de maïs OGM devant son QG de campagne. Dans l'étude que nous avons effectuée sur la communication de Greenpeace, nous avons montré que l'ONG a initié la polémique en s'enchaînant dans le port d'Anvers en 1996 lors de l'arrivée des premières cargaisons de soja OGM. Depuis l'association a multiplié toutes les formes de pression et de chantage contribuant ainsi à créer de toute pièce le danger des OGM. Ainsi, cela nous a toujours interpelé de voir que les militants de Greenpeace vont faucher équipés de combinaisons, alors que ceux de la confédération paysanne y vont en bras de chemise... Deux manières de percevoir le danger.
En tout état de cause, persuadé de son bon droit, Greenpeace se situe au-dessus de tout type d'expertise et distribue bons points et mauvaises notes à tout le monde et aux politiques en particulier.
A côté de Greenpeace, on pourra se poser la question du courage de nos hommes politiques face aux invectives de l'ONG: "Regardez, 82% des français sont contre les OGM ! Si vous ne signez pas notre pacte, alors nous le ferons savoir et les électeurs vous sanctionneront." On est donc en prise avec un véritable problème de démocratie. Car d'une part, c'est Greenpeace qui a créé de toute pièce le danger des OGM par le biais des différentes actions qu'elle a menées, ensuite, l'opinion publique a suivi et enfin, l'association récolte le fruit de ce qu'elle a semé et peut manipuler à sa guise les politiques.
Or si on revient sur la question du moratoire, nous pensons qu'il est tout à fait inapproprié à un pays comme la France.
Pour plus d'arguments sur ce sujet, nous renvoyons aux deux derniers chapitres de notre ouvrage.
On devrait être en droit d'attendre de nos candidats qu'ils osent se prononcer contre le moratoire (et pas seulement ne rien dire) et avoir le courage d'expliquer qu'il est plus dangereux de se priver d'une technologie qui se développe de manière exponentielle au niveau mondial, que de continuer à faire des essais en plein champ et à développer les variétés dont il est clairement démontré qu'elles sont, non seulement, sans aucun risque, mais également qu'elles peuvent être bénéfiques pour l'environnement (je renvoie pour cela au tout dernier rapport de l'ISAAA ).
Enfin, il est clair aujourd'hui que le problème des politiques, comme celui des citoyens d'ailleurs, n'est pas celui d'être "pour ou contre les OGM", mais d'être "libre ou non d'en consommer" (la traçabilité), "libre ou non d'en cultiver" (le respect de la propriété privée/ la garantie des filières) et enfin, "libre ou non de faire avancer les recherches sur le sujet" (encadrement des essais en plein champs). A voir si la transposition récente de la directive européenne par décret fera progresser les choses: c'est un sujet sur lequel nous reviendrons dans un prochain post.
Mais pour aborder tous ces problèmes, faut-il encore commencer par la "liberté de penser", et là c'est une autre paire de manche...

Conclusion

La querelle des PGM n’est sans doute pas prête de se terminer. Pourtant, viendra sans doute un jour où la technologie sera banalisée. En attendant ce jour, on peut supposer que les controverses se poursuivront, faisant ainsi progresser la recherche. Quant aux polémiques, tout dépendra du courage des politiques à vouloir mettre un terme à la violence et aux entreprises qui seront mises en place par les industriels pour séduire les consommateurs. Enfin, on peut penser que les opposants, se lasseront de répéter le même discours, et concentreront leur énergie sur d’autre sujets beaucoup plus inquiétants.

Impératif d'audace

Que vaut cependant le devoir de recherche et développement sans audace ? En effet, partant du principe que le risque fait partie de toute entreprise technologique, l’impératif d’audace est ce qui permet d’entreprendre librement et c’est ce qui définit d’après nous l’essence de la liberté de l’homme : plutôt affronter le risque que d’obéir à une heuristique de la peur.

Impératif de développement

On a souvent affirmé qu’il fallait s’abstenir de certains développements technologiques pour protéger les générations futures. Oui, mais voilà, comment savoir aujourd’hui quelles seront les technologies de demain ? Ne risque-t-on pas, en faisant l’impasse sur une technologie, au contraire, de rendre les générations futures dépendantes des autres nations qui auront développé la technologie, si celle-ci rencontre un succès historique ?

Impératif d’expertise

Comment pouvoir prétendre préserver l’humanité du danger des PGM si on ne dispose pas soi-même des experts qui sont capables de détecter ce danger ? Voici en quelques mots définis l’impasse dans laquelle les opposants à la technologie se sont fourgués. Or, il semble être du devoir d’une nation de se tenir à niveau scientifique pour protéger ses citoyens, mais aussi l’humanité, si l’on suppose qu’un danger existe.

Devoir

Si le principe de précaution et le principe de cas par cas posent les conditions d’un devoir de recherche, en ce sens que le cadre de la responsabilité du scientifique, de l’industriel et de l’agriculteur s’inscrit dans ces deux principes, cela ne justifie pas encore pleinement la responsabilité d’un point de vue éthique. D’où la nécessité de définir un devoir de recherche et développement.

Etude de cas

Dans la critique de la technologie, on trouve aussi bien une attaque globale contre le nouveau modèle agricole proposé. Ainsi, on entend souvent dire que les agriculteurs se seraient vus imposer les PGM par les industriels. Or cet argument est réduit à néant quand on considère qu’une entreprise de recherche et développement sur la transgenèse végétale peut également être initiée par des agriculteurs.

Cas par cas

De la méthode du cas par cas, qui a vu le jour parmi les experts, nous proposons de passer au principe de cas par cas. On peut faire reposer celle-ci sur trois règles : l’impossibilité de généraliser, le devoir de comparer et enfin, la nécessité de prendre en compte la temporalité. Si l’on respecte ces 3 règles, alors, on peut penser que l’on se trouve sur la voie d’une nouvelle définition de la responsabilité.

Précaution 2

Si nous revenons en détail sur le principe de précaution c’est qu’il joue un rôle fondamental dans le procès. Pourquoi certains tribunaux ont-ils condamné les faucheurs, alors que d’autres les ont disculpés sous peine qu’ils invoquaient le principe de précaution. Nous revenons donc ici en détail sur l’énoncé du principe et voyons en quoi il sert le camp des idéologues environnementalistes.